La dégustation du Sistrot du 2 mai 2017

Pour cette dégustation Ronan Gire nous a proposé de visiter deux producteurs. D’abord Julien Thurel dont l’exploitation est située dans le Loiret, en lisière de la forêt d’Orléans, à cheval sur les communes d’Ingrannes et de Loury. Nous avions quatre cidres et un Chouchenn (enfin, il appelle pas ça comme ça, mais c’est quasi la même chose, et c’est bon. Ensuite la Cidrerie du Menez Hom, fraîchement installée à proximité du village de Dinéault.

Il me souvenait d’avoir goûté au Grand Cru des Loges de Julien Thurel aux Franklin Cider Days (Massachusetts) et outre le produit, j’avais déjà apprécié la forme de la bouteille (que l’on retrouve chez quelques grands noms du cidre). S’il est dommage que la teinte du verre ôte toute idée de la couleur du contenu, l’effet général est assez flatteur.

Nous avons attaqué la soirée par le “Mellicidre”, un cidre au miel à triple fermentation. Si la pression à l’ouverture est faible, le parfum s’est vite répandu dans la salle. À l’œil c’est également très joli avec une robe de miel sans toutefois de mouvement actif des bulles. A noter la présence de quelques petits “pompouch” (petits voltigeurs) suffisamment calibrés pour être immédiatement repérés. Le nez est remarquable, un peu “chouchenn”, avec du miel tendre, des arômes rappelant le Champagne et de petites notes de bois (ces cidres sont élevés en fûts de chêne). La bouche, plutôt perlante, est équilibrée entre douceur et acidité (on sent les pommes acidulées. La finale est plaisante avec évidemment un joli fond de miel.

Place ensuite au “Nectar” dont la belle sonorité au débouchage a déclenché moult commentaires sur sa tonalité (à vous faire croire que tous les Cornouaillais sont musiciens). À l’œil c’est pâle, d’une belle couleur de paille. L’effet de mousse est mesuré, il est cependant plus “frizzante” que perlant. Le nez, où domine la pomme verte avec un peu de bois, évoque certains vins blancs. En bouche il est franchement acidulé, mais bien travaillé avec une légère pétillance. La finale rappelle les bonbons acidulés de notre enfance. Un cidre original, intéressant, mais très typé.

Nous sommes alors passé à “l’Équinoxe”, ce qui n’a rien à voir avec la marée qui fait parfois monter l’eau sur les quais de Quimper, en aval du Sistrot. Ce cidre nous a également gratifié d’un joli son à l’ouverture. Dans le verre il est orangé avec un assez bel effet de mousse qui laisse cependant le verre assez calme. Le nez est peu expressif, mais donne à deviner des pommes bien mûres.  La bouche est contrastée avec une attaque acidulée vite suivi d’une expression amertumée assez peu fondue. La fin de bouche apporte des notes grillées un peu lourdes avec un zeste d’astringence.

Quatrième cidre de chez Thurel, le “Champêtre” est assez pâle avec un effet de mousse correct qui laisse de belles bulles en surface, un verre peu actif et un léger voile. Le nez est complexe, assez mature et intéressant, avec du fruit, des épices, de la fraîcheur florale et un zeste de bois. La bouche, acidulée, est ample avec un équilibre bien dosé. La fin de bouche apporte des notes de fruits acidulés. C’est gourmand et nous aurions bien vu ce cidre sur un carpaccio de Saint-Jacques.

Nous avons à ce moment décidé de faire une pause, autant à cause de la nécessité de nous refaire le palais avant de passer à autre chose, que du fait de l’affluence ce soir là au Sistrot. Nous avons pris un peu de temps avant d’attaquer les pentes du Menez-Hom, la célèbre “montagne” (330 m) dominant la Baie de Douarnenez et la presqu’île de Crozon. Les bouteilles annoncent la couleur, ce sont des cidres “à l’ancienne” pressé sur paille et travaillé à la mode des campagnes.

Le premier, le “Ti-prons”, fait probablement référence à la variété de pomme à cidre Ti-Pronost (la maison du Prévôt), probablement originaire du village de Ti-Pronost en Dinéault. Appelée Ti-ponch dans la conversation courante, c’est une pomme douce-amère à la chair tendre, au jus clair et doux, avec pointe d’amertume caractérisée. C’est la variété emblématique de la vallée de l’Aulne. Le cidre “Ti-prons” est orange avec un bel effet de mousse qui laisse un verre un peu voilé et peu actif. Le nez, moyennement expressif, est rustique avec du fruit et un peu de paille. La bouche est franche, un peu sèche (c’est la marque de la pomme Ti-ponch) avec un équilibre bien stabilisé par le sucre. La fin de bouche est un peu astringente comme attendu. De l’avis général, ce cidre plutôt agréable, pourrait cependant voir son équilibre impacté par les chaleurs de l’été à venir (Il semble donc préférable de le consommer sans trop tarder).

Le “Zaout-Cider” à contrario est un cidre déjà bien évolué. Il y a de la pression, l’effet de mousse est généreux, la couleur orangé est presque acajou, le verre est également un peu voilé. Au nez, c’est une profusion de parfums de pommes très mures, un peu cuites, de bananes, le tout avec un petit zeste de piqure. La bouche est d’entrée assez rude, ample et forte avec une finale astringente. C’est un cidre puissant a réserver pour la table. Il s’accordera bien avec une cuisine roborative comme elle peut l’être encore dans nos campagnes.

Belles illustrations de la diversité du cidre, ces six bouteilles nous permis d’illustrer deux approches radicalement différentes du cidre. Il y a une maison qui tout en faisant partie du réseau “Bienvenue à la Ferme”, propose des cidres fins et élégants dans un registre doux acidulé, et qui n’hésite pas à innover avec un “Mellicidre” aussi inattendu qu’intéressant. De l’autre coté, une maison toute jeune qui a besoin de faire sa place, de se démarquer dans une Cornouaille où les producteurs sont nombreux, où le cidre fait partie du quotidien et qui pour cela cherche à recréer les cidres anciens tant vanté par nos belles histoires.

Avant de conclure, nous n’avons pas pu résister à la tentation de goûter au “Cydromel”, alliance du cidre et de l’Hydromel de Julien Thurel. Les Bretons connaissent bien ces boissons. Pour nous c’est du Chouchenn, sujet inépuisable d’histoires on ne peut plus joyeuses. Nous avons été séduits. Le “Cydromel” vaut vraiment le détour. La robe est belle et limpide. Le nez est charmeur (nous nous sommes risqué à imaginer qu’il s’agit peut-être de miel de châtaignier) qui rappelle un peu le Cidre de Glace ou le Mistelle de Pomme du Québec. La bouche est ronde, ample, souple et conduit en douceur à une finale agréable. Certes, ce n’est plus du cidre, mais c’est une une très belle illustration de la palette des possibilités offertes par la “boisson de pomme”.

 

Mersi bras à Erwan et Ronan du Sistrot, mersi bras à Valérie du Cidref, à Marine et Brieug de Kermao. 

05. mai 2017 par mark
Catégories: Cidre | Laisser un commentaire

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