Franklin County Cider Days – 7/8 11 2015 (FRA)

C’est un joli cadeau que les Cider Days ont fait aux cidres AOP Cornouaille en m’y invitant.

L’événement se déroule chaque année à pareille époque autour de Greenfield, dans le nord du Massachusetts, une région agricole et touristique où les gens viennent courir, pédaler, faire du rafting, skier ou simplement profiter du temps qui passe dans des montagnes, des forets et des villages qui sentent bon la Nouvelle Angleterre.

ShelburnFallsCenterEt puis il y a cette tradition de la rencontre et du partage qui fait toute la saveur de ces journées. Depuis le début il y a vingt-et-un ans, les pionniers ont échangé, discuté et tout essayé. Ils sont aujourd’hui les piliers d’une manifestation où l’on vient chercher un peu de savoir et beaucoup de chaleur humaine.

Au fil du temps les Franklin County Cider-Days ont imposé leur particularité dans le paysage du cidre. On n’y parle peu de business car ce qui importe c’est de faire progresser cette idée du cidre de tradition, un peu celui des fermiers, fait avec de bons fruits à cidre. On y parle de pommiers, de pommes, de jus de pommes, de fermentation, de cidre, de vinaigre, de dégustation, d’accords plat-cidre et de toutes ces choses qui font le quotidien d’un authentique pays cidricole. On y croise des gens formidables.

SalonUn terroir, qu’il soit de cidre ou de tout autre produit, ne peut exister sans un groupe de femmes et d’hommes. Nous y sommes allé avec Claude Jolicoeur(1), un guide précieux car il semble bien que depuis le temps qu’il vient là, il en soit devenu une des légendes. Tout le monde le connait et il connait tout le monde et pour ne rien gâter, il en sait beaucoup sur les cidres du monde.

Aux Cider-Days, il y a Ben Watson, admirable organisateur, qui a sans doute pris beaucoup sur lui-même pour tout aille bien. Ben est éditeur dans le civil et également auteur de livres sur le cidre(2). Il y a Jennifer Williams et Steve Gougeon, nos hôtes à Bear Swamp Orchard (3). Ils produisent du cidre bio sur un coteau magnifique. Le dimanche matin nous avons écouté Jennifer qui animait un atelier sur la fabrication du vinaigre. C’est bien la première fois que j’en ai bu au verre (ça pique!). Entre deux animations, nous avons croisé Andy Brennan (4), étonnant cidrier de Wurtsboro (NY) qui produit du cidre à partir de pommes récoltées dans la forêt. Nous sommes allé voir Peter Mitchell(5) et sa Heatwater Cider Company à Hawley (MA) Nous avons également salué Lauren Shepard de Shelton Brothers(6) qui fit transiter les AOP Cornouaille, John Bunker, Alan Surprenant et bien d’autres. Enfin je me souviens de la bonne fée Julie qui veilla sur mes cables et chargeurs. Sans elle mes joujous informatiques n’auraient pas servi à grand chose.

Laude Jolicoeur 2 BenWatson20151108 2 Jane&Steve20151108 2 AndyBrennan PeterMitchell

Pour venir aux Cider-Days depuis Quebec, nous avons suivi une route qui nous a fait croiser des gens du cidre et de la pomme, que nous avons retrouvé autour de Greenfield. L’accueil chaleureux de Marc Antoine Lasnier(7) et de son équipe s’est avéré une parfaite entrée en matière. La visite au Clos Saragnat réputé pour son cidre de glace nous a par contre laissé un peu frais, mais être aussi bien reçus par Monique et Luc(8), au milieu de leur millier de pommiers, nous a vite ramené à la joie de vivre, ce fut une belle soirée.

MarcAntoineLasnier2 Monique & Luc

Nous avons passé la frontière au milieu de nulle part, par un petit poste de douane perdu dans la foret. Pour autant les formalités ont pris le temps qu’il fallait. La première personne croisée aux USA, ce fut le Shérif dans sa voiture blanche avec les gyrophares (il nous a laissé passer). Nous nous sommes arrêtés chez Eden Cider(9) à Newport (VT) où nous avons visité les nouvelles installations, encore incomplètes, et goûté à tout dont les réputés cidres de glace de la maison. Nous avons fait une halte réjouissante à Poverty lane Orchards(10) à Lebanon (NH) où Stephen Woods produit ses fameux Farnum Hill Ciders. Allez savoir si c’est le vieil atelier, trop semblable aux cidreries de ma jeunesse, l’empilement des caisses de pommes à cidre ou la gouaille du maître des lieux, en tout cas j’ai trouvé là un cidre agréable, certes toujours sec et acidulé, mais avec suffisamment de nez et de corps pour laisser au palais une belle trace de son passage. Du coup nous avons pris du retard et sommes arrivé bien trop tard, là où les organisateurs nous attendait pour le dîner.

Edencider2 SteveWood Bazard2

Un terroir c’est également un territoire. La campagne autour de Greenfield c’est plutôt montagneux avec des forêts et des petites plaines le long de la rivière et sur quelques plateaux où pâturent des vaches et se dressent quelques beaux vergers. Nous sommes loin de l’image des champs immenses des grandes plaines. Ici les villes et les villages rassemblent des maisons et quelques immeubles, ici les vergers ressemblent à tous les vergers du monde, même si comme en Bretagne, ils faut chercher un peu pour les trouver.

Mitchell'sOrchardsUn terroir c’est enfin une technique au service d’un produit. La technique peut surprendre le cidrier Breton car ici pas de chapeau-brun et peu de prise de mousse en bouteille. Les cuveries réfrigérées comme tous les matériels sont en acier inoxydable et la filtration stérile est la règle (Je commence à comprendre pourquoi leurs cidres sont peu expressifs). Pour autant, on broie les pommes à maturité avant d’en extraire le jus avec des pressoirs qui ressemblent aux nôtres. Dans les exploitations ce sont des employés saisonniers qui font le travail de récolte. À Poverty Lane Orchards nous avons rencontré des Jamaïcains qui connaissent parfaitement le nom de chaque variété de pomme. Nous avons aussi constaté qu’ils maniaient l’ancienne presse avec une belle dextérité.

Pressée Cuverie2 Verre

Je suis heureux d’être venu et d’avoir pu parler de la tradition bretonne du cidre. C’est un sujet qui m’est important et qui influe j’en suis persuadé sur la qualité de nos cidres. Cela est évidemment vrai pour d’autres produits. Quand on sait d’où l’on vient, quand on accepte les évolutions pertinentes, on fait toujours progresser la qualité sans avoir a se renier. À la teneur des conversations que j’ai eu après mon exposé, je pense que ce discours est passé et que cela vaut la peine de porter le témoignage d’un cidre cornouaillais devenu une sorte de symbole de résistance joyeuse et gourmande à l’uniformisation.

C’est aussi cela que l’on trouve aux Cider Days et qui fait de cet événement un moment savoureux. La dégustation le lendemain, a confirmé ce sentiment et nourri des questions sur ce cidre si éloigné de celui de la Nouvelle Angleterre et cependant porteur des mêmes valeurs d’honnêteté et de qualité. Au delà de cette réflexion qui mériterait d’être approfondie, je suis content que le travail des cidriers de Cornouaille a été si bien accueilli.

Mark Gleonec Kroas Avaloù, d’an 4 a viz kerzu

1 Claude Jolicœur est l’auteur de “The new cider maker’s handbook”, véritable bible du cider moderne. http://www.chelseagreen.com/the-new-cider-makers-handbook

2 Ben Watson est l’auteur de “Cider, hard and sweet”, une très belle introduction au monde du cidre. http://www.ciderguide.com/learn/cider-hard-sweet-book-review/

3 www.bearswamporchard.com

4 www.AaronBurrCider.com

5 www.headwatercider.com

6 www.SheltonBrothers.com

7 www.lesvergersdelacolline.com

8 Le Verger du Lac – Frelighsburg – Quebec

9 www.edenicecider.com

10 www.farnumhillciders.com

08. décembre 2015 par mark
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