A propos des prophéties de Merlin

A force d’entendre parler des prophéties de Merlin (Myrddin) et d’en parler puisqu’il y est question de pommiers, je m’y suis rendu. On trouvera ci-dessous une image d’une page du “Black book of Carmathen” ainsi que la traduction d’Arthur de La Borderie (ces documents, reproduits sans correction, sont librement accessibles sur le web). Le texte est présenté comme Les véritables prophéties de Merlin et peut semble-t-il être considérée comme authentique.

 Myrddin aurait donc vécu au VIe siècle et aurait combattu (du coté des vaincus) à la bataille d’Afderydd en 573. Le tumulte de la défaite l’aurait rendu fou et il se serait enfui dans la forêt de Celyddon ou il aurait vécu longtemps parmi les bêtes sauvages. On note à ce sujet qu’il s’adresse à son marcassin favori (il n’est pas sûr cependant que cela veuille dire quelque chose car il semble bien que les druides utilisaient aussi ce mot pour désigner leurs élèves).

Dans tous les cas, fou ou pas fou, le texte semble comporter des manques et des ajouts (comme quoi bien avant internet on savait piquer à droite et gauche des bouts de textes pour en faire un nouveau) et respire fort la défaite, la désolation et la mort, même si l’auteur se force à prophétiser le retour d’un hypothétique sauveur.

Dans ces conditions l’appel au pommier (l’arbre du lien entre le monde des vivants et l’au-delà selon l’ancienne tradition celtique des arbres sacrés) semble effectivement justifié, comme si Myrddin invoquait la magie de l’arbre pour communiquer avec ses défunts compagnons.

 

 

 

 

 

 

 

 

Afallenau (Les pommiers)

Doux pommier aux branches charmantes, poussant de toutes parts tes boutons et tes bourgeons vigoureux. Je prédirai, en présence du maître de Machreu, que dans la vallée de Machway, mercredi, il y aura du sang pour les Loëgriens, dont les lames seront rouges de sang.

Mais écoute, petit pourceau ! Le jeudi, il viendra de la joie pour les Kymrys et leurs puissants bataillons, occupés à défendre Kymminawd à grands coups de sabre. Des Saxons il sera fait un massacre avec les lances de frêne, de leurs tètes on se servira pour jouer aux boules. Je prédis la vérité sans déguisement, Je prédis la révélation d’un enfant caché aujourd’hui dans une contrée du  Sud.

Doux pommier, arbre vert à la croissance opulente, que tes branches sont vastes et que ta forme est belle ! Oui, je prédis une bataille qui me fera crier dans Penswern, au milieu d’une fête royale : Il faut ici de l’hydromel !

Doux pommier, arbre aux teintes jaunes, tu croîs à Talarz sans être protégé par l’enceinte d’un jardin. Et moi je prédirai une bataille en Bretagne pour défendre nos frontières contre les hommes de Dublin. Sept navires viendront par le grand lac et sept cents par la mer, pour nous soumettre. Mais de ceux qui viendront, pas un ne retournera vers Kennyn, sauf sept à demi vides, conformément à la prédiction.

Doux pommier, que ta croissance est opulente ! J’avais coutume de prendre ma nourriture à tes pieds pour plaire à une   belle fille. Alors que, mon bouclier sur l’épaule, mon glaive sur la cuisse, Je dormais seul dans la forêt de Kelyddon.

Ecoute, petit pourceau ! Attache toi à la raison, prête oreille aux oiseaux dont le chant est agréable. A travers la mer les souverains viendront lundi ; les Kymrys seront bénis, par suite de cette résolution. 

Doux pommier qui croît dans la clairière. Les seigneurs de la cour de Ryderch, à cause de leur violence, ne te verront pas. Quoique le sol à tes pieds soit foulé et qu’il y ait des hommes autour de toi. Terribles à leurs yeux sont les figures des héros.  Gwendyz  ne m’aime plus, ne me salue plus.  Je suis odieux au plus fidèle serviteur de Ryderch, car j’ai ruiné son fils et sa fille.

La mort prend tout devant elle ; que ne me rend-elle triste ! Après Gwendoleu aucun prince ne m’honore plus ; Je n’ai plus aucun divertissement, aucune visite de ma belle. Pourtant, à la bataille d’Ârderyd  je portais un collier d’or et maintenant je suis méprisé par celle qui est blanche comme un cygne.

Doux pommier à la fleur délicate qui croît caché dans les bois. Au point du jour on m’a fait ce conte. Que le plus fidèle des serviteurs se fâche à mon sujet, deux fois, trois fois, quatre fois le jour.  Jésus, plût à Dieu que ma fin fût venue avant d’avoir sur ma main la mort du fils de Gwendys !

Doux pommier qui croît sur le bord du fleuve. Par respect pour toi, ton gardien ne tirera pas de profit de tes fruits splendides. Avant d’être privé de raison, je me promenais souvent autour de ta tige avec une charmante fille, modèle de grâce et de gaité. Mais pendant dix ans et quarante ans, joué par des hommes sans loi, je suis resté errant dans les ténèbres et parmi les spectres. Après avoir joui de grandes richesses, entretenu moi même des ménestrels, je suis resté là si longtemps que les spectres et les ténèbres ne peuvent plus m’abuser. Je ne dormirai point, car je tremble pour mon cher seigneur Gwendoleu et pour les citoyens de mon pays.

Doux pommier aux fleurs délicates, qui croît dans un terrain couvert d’arbres. Sibylle m’a révélé d’avance ce qui va se passer : Un sceptre d’or d’un grand prix, récompense de la bravoure, sera donné aux illustres chefs en face des dragons.   Celui qui leur fera cette grâce vaincra Timpie. Devant l’enfant, hardi comme le soleil en sa course, les Saxons seront extirpés et les bardes florissants.

Doux pommier, arbre aux teintes écarlates qui croît caché dans la forêt de Kelyddon, on a beau chercher tes fruits, ce sera en vain jusqu’au jour où Cadwaladyr sortira de la conférence de Gadvaon avec l’aigle des rivières de Tywi et de Teivi, où une crue d’angoisse viendra d’Aranwynion, et où seront enfin domptés les sauvages aux longs cheveux.

Doux pommier, arbre aux teintes écarlates, qui croît caché dans la forêt de Kelyddon. On a beau chercher tes fruits, ce sera en vain jusqu’au jour où Cadwaladyr sortira de la conférence de Rhyd-Reou et où Conao, venant à sa rencontre, marchera contre les Saxons. Les Kymrys alors seront vainqueurs, glorieux sera leur chef, les Bretons, reprenant leurs droits, se réjouiront. Leurs cornes sonneront des airs de fêle, ils entonneront le chant de la paix et du bonheur.

06. septembre 2012 par mark
Catégories: Textes | Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.