La Dégustation du Sistrot du 12 décembre 2017

Pour la dernière séance de l’année, il ne faisait vraiment pas beau sur les quais de Quimper, mais la ville est assez bien illuminée en cette période pour rattraper la grisaille. Au Sistrot, Ronan avait préparé une soirée britannique avec un poiré gallois, un poiré anglais, et quelques cidres plus ou moins traditionnels que l’on peut trouver au Herefordshire et dans les Midlands. 

Troggi Seidr (Wales).

Michael Penney a installé sa cidrerie à Earlswood près de Chepston dans le Monmouthshire au Pays de Galles. Troggi est spécialisé dans l’élaboration de cidres et poirés pur jus, sec élaborés en méthode champenoise.

Perai Modd Traddodiadol (Poiré Méthode Traditionnelle).

La bouteille est belle, mais peu informative (de mémoire ce doit être une récolte 2014 et doit titrer dans les 7% vol). Au service c’est très beau avec une couleur jaune pâle et un joli mouvement de bulles. Le nez peu expressif est un subtil et agréable équilibre de poire et de notes minérales. En bouche il y a de l’amplitude même si c’est minéral avec une acidité un peu aigrelette. la finale parfaitement maîtrisée. L’ensemble est très homogène avec un beau caractère.

Once Upon a Tree (Haygrove Évolution – Herefordshire).

Simon Day est à la Tête de Haygrove Evolution qui produit du poiré, du cidre, du vin tranquille et du vin pétillant. À l’origine Haygrove produisait des fraises puis du raisin et s’est ensuite diversifié dans de nombreuses activités connexes, en Grande Bretagne et ailleurs, dont le vin et le cidre.

Chapell Pleck (Poiré du Herefordshire) 2013 – 7% vol.

Belle présentation de la bouteille avec l’histoire du champs où se dressait autrefois la chapelle de Kynaston. Au service on note la couleur paille, le verre assez calme et quelques (rares) “pompouch”. Le premier nez est puissant et floral, le deuxième est plus minéral avec des notes de chimie qui viennent sous la fleur. En bouche c’est sec et acidulé sans excès, il y a de la minéralté et une finale assez courte. Au final c’est un poiré tout à fait honorable, sans caractère tranché cependant.

Carpenters Croft (Traditional Method Sparkling) 2011 – 7,5% vol.

Joli sonorité au débouchage et bel effet de mousse. Jolie couleur dorée, mais un verre qui reste peu actif. Un nez agréable de pommes bien mûres voir confites avec des notes de fleurs et de bois vert. La bouche est contrastée avec une attaque souple rapidement submergée par une acidité plutôt agressive et quelque peu fugace. Au final c’est l’écart entre la promesse du nez et la perception en bouche qui étonne.

 Halfpenny Gren (West Midlands)

Peu d’informations sur cet établissement (de création récente) dont l’un de deux fondateurs est passé au Sistrot. La bouteille apportée est donc une expérimentation, cela nous a été confirmé par l’échange que Ronan a pu avoir avec le producteur suite à notre appréciation.

Crown Cidre Bouché (récolte 2016 – 8% vol)

Le bouchon (en plastique) est étonnant et si le service fait un effet de mousse correct, la couleur n’est pas encourageante car le cidre est bien trouble. Le nez d’amande amère est levuré avec des notes de linges mouillés assez surprenantes. En bouche il y a de l’amplitude, l’acidité est est bien balancée avec du fruit et de l’amertume en finale. Globalement c’est pas mal, mais cela manque d’arôme et le nez pose tout de même problème.

Dunkertons (Herefordshire).

Établie en 1980 sur l’ancienne paroisse de Pembridge, aux maisons héritées de l’ancienne tradition galloise, Dunkertons est un producteur récoltant certifié Bio qui perpétue la tradition du cidre d’assemblage à base des anciennes variétés locales du Herefordshire.

Black Fox (7% vol)

La bouteille d’un demi-litre avec capsule à joint, respire la tradition des Pubs du Royaume-Uni. Au service c’est sympa avec un petit effet de mousse, un bel orangé et une pétillance mesurée. Le nez est un peu timoré, presque aseptisé, avec cependant de belles fragrances de fruits et quelques notes d’alcool. La bouche est bien balancée avec de l’acidité, de l’amertume et une pointe d’astringence en finale. Même si nous avons regretté de ne pas retrouver assez de fruits en bouche, nous n’avons pas été dépaysés par ce cidre.

Ross Cider (Herefordshire)

Ça vaut la peine de venir ici, au milieu d’une campagne verdoyante aux petites routes sinueuses. Il n’y a pas qu’une cidrerie et des vergers. Il y a, visible de la route, The Yew Tree Inn (l’auberge de l’if), un pub particulièrement réputé et fréquenté, avec le point de vente de la cidrerie dans une des dépendances, qui abrite régulièrement concerts et fêtes du cidre. Il y a sur l’arrière les vergers de pommes à cidres, une sorte de camp de vacances qui doit être bien animée l’été, et plus en contrebas, au calme, la cidrerie avec juste à coté, Broome Farmhouse, un confortable B & B. Bref un environnement parfait pour tout amateur de cidre.

La cidrerie produit depuis 1930 le cidre traditionnel local, dont les ventes s’érodent, et une intéressante gamme de cidres mono-variétaux qui semblent répondre à la mode des “nouveaux cidres” de plus en plus présents. Le verger abriterait près de cent variétés de pommes à cidre et une bonne trentaine de variétés de poires à poiré.

Ross-on-Wye Premium Major (8,4 % vol)

 La Major est typique des pommes dites Jersey du Somerset. C’est une full-bittersweet assez précoce utilisée pour allonger la saison de récolte(1).

 

 

Présentation sobre de la bouteille (capsulée). Petit effet de mousse au service, couleur orangée, peu d’activité dans le verre. Le nez est fruité et assez contrasté avec de la fleur d’oranger, mais aussi de petites pointes moins agréables. La bouche est rugueuse, tonique avec un peu d’acidité, de l’amertume et de l’astringence pour une fin de bouche à la rusticité un peu terreuse.

Ross-on-Wye Premium Harry-Masters-Jersey (7,4 % vol)

La Harry-Master-Jersey, originaire du Somerset, est connue et largement plantée au Herefordshire depuis plus d’un siècle. C’est une full-bittersweet, vintage, semi-tardive. Parfois appelée Port-Wine, on en trouve aujourd’hui sur tous les continents(2).

Présentation quasi identique, mais bouchon à vis pour ce cidre tranquille. Le service est un peu décevant, c’est plat et la couleur jaune fadasse n’est pas enthousiasmante. Le nez est un peu phénolé et propose une dominante citronnée avec des fragrances animales. En bouche c’est sec et plat, assez équilibré, pas désagréable, mais cela manque de fruit. Nous sommes un peu perplexe quant au résultat, même si l’expérience est intéressante.

Ross-on-Wye Premium Dabinett Oak Cask Matured (8,4 % vol)

La Dabinett est parmi les populaires du Royaume Uni. C’est une full-bittersweet, vintage et tardive, découverte par hasard vers 1850 dans le Somerset. Elle est aujourd’hui utilisée un peu partout sur la planète car elle est réputée bien résister au feu bacterien(3).

 

Ce cidre est un assemblage de pommes d’un vieux et d’un nouveau verger avec une garde en fût de chêne. La présentation est identique aux précédents (ici une capsule). Petit effet de mousse au service, orange terne, peu d’activité dans le verre. Le premier nez est fruité, floral et plutôt agréable, mais au deuxième, remonte des notes de linges mouillés peu agréables. La bouche est puissante, sèche avec de l’acidité et de l’amertume qui reste au palais. On peut dire que ce cidre a du caractère, mais il est également un peu lourd et se raproche par sa texture et son équilibre de certaines bières.

Ce fut une agréable soirée au cours de la quelle les conversations sont allées bon train, agrémentées de lectures d’ouvrages sur les pommes à cidres anglaises (références ci-dessous).  Pour clore l’année, nous avons dîner au Sistrot, accompagnant nos belles assiettes d’un original “Sagardo” du Domaine Bordatto au Pays Basque (nous aurons bientôt l’occasion de tester des productions de ce pays). Remerciements à Erwan et Ronan du Sistrot, Jen et Nico de la Cidrerie de Rozavern, Paul de la Cidrerie Coïc, Marine et Brieug de la cidrerie de Kermao et Valérie du Cidref.

1 – Major: Cider Apples, Liz Copas, p.93-94 – Du pommier au cidre, Claude Jolicœur, p.90 – Bulmer’s Pomona, C. Todhunter, R. Williams & R. Sackell, planche VI.

2 – Harry-Master-Jersey: Cider Apples, Liz Copas, p.77 – Du pommier au cidre, Claude Jolicœur, p.85 – Bulmer’s Pomona, C. Todhunter, R. Williams & R. Sackell, planche XXX.

1 – Dabinett: Cider Apples, Liz Copas, p.60-61 – Du pommier au cidre, Claude Jolicœur, p.77 – Bulmer’s Pomona, C. Todhunter, R. Williams & R. Sackell, planche XXIX.

Photos M.Gleonec, illustrations des pommes (fragments) tirées du Bulmer’s Pomona.

16. décembre 2017 par mark
Catégories: Cidre | 1 commentaire

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