{"id":679,"date":"2013-04-14T21:01:08","date_gmt":"2013-04-14T19:01:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.macgleo.com\/blog\/?p=679"},"modified":"2013-04-14T21:01:08","modified_gmt":"2013-04-14T19:01:08","slug":"les-savons-de-lheureuse-marie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/2013\/04\/14\/les-savons-de-lheureuse-marie\/","title":{"rendered":"Les savons de l\u2019Heureuse Marie"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le parisianisme politique se lance dans une op\u00e9ration de transparence qui a tous les ingr\u00e9dients de la farce (qui sera le dindon ?), on peut s\u2019inqui\u00e9ter de voir ainsi les \u00e9lus de tous bords se livrer \u00e0 une parodie de grande lessive, bien plus m\u00e9diatique que celles de nos vieux lavoirs d\u00e9sert\u00e9s de leurs belles lavandi\u00e8res.<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>D\u2019exp\u00e9rience nous savons tous que les savons glissent entre les doigts et qu\u2019\u00e0 moins de les avoirs bien crochus il n\u2019est pas toujours facile de s\u2019en saisir afin de se faire plus blanc que blanc. Pour autant l\u2019histoire qui suit, dont tout un chacun peut trouver les d\u00e9tails en Pays Bigouden, montre qu\u2019il est des circonstances o\u00f9 les plus humbles \u00e9galement peuvent parfois se laver \u00e0 bon compte.<\/em><\/p>\n<p>Le 31 d\u00e9cembre 1736, l\u2019Heureuse Marie, un navire marchand de 186 tonneaux, sombra sur la c\u00f4te de Plozevet. Il venait de de Saint-Malo et se rendait \u00e0 Nantes, charg\u00e9 d\u2019huile, d\u2019olives, d\u2019anchois, de raisins secs, d\u2019amandes, de figues et surtout de savons.<\/p>\n<p>Le navire gisait sur le flanc, le bord\u00e9 \u00e9ventr\u00e9 et une partie de la cargaison diss\u00e9min\u00e9e sur la plage. En pareilles circonstances, il n\u2019\u00e9tait pas besoin de nos proc\u00e9d\u00e9s modernes de communication pour que la population locale tout enti\u00e8re fut rapidement au courant.<\/p>\n<p>\u00c0 la premi\u00e8re mar\u00e9e basse, toutes les personnes valides se pr\u00e9cipit\u00e8rent et malgr\u00e9 les matelots affect\u00e9s \u00e0 la garde de l\u2019\u00e9pave, r\u00e9cup\u00e9r\u00e8rent un maximum de choses, mais surtout des savons. Le lendemain les autorit\u00e9s avaient organis\u00e9 la surveillance et la mise en lieu sur de la cargaison encore \u00e0 bord. \u00c0 la requ\u00eate de l\u2019armateur, l\u2019Amiraut\u00e9 fit ouvrir une proc\u00e9dure contre ceux qui s\u2019\u00e9taient rendu coupable de pillage, mais bien peu de marchandises fut r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00eaque de Quimper fut mis \u00e0 contribution. Il lan\u00e7a \u00a0des monitoires (1) et r\u00e9agraves (2)\u00a0et peu de temps apr\u00e8s les cur\u00e9s du Pays Bigouden mont\u00e8rent en chaire pour exhorter leurs paroissiens \u00e0 rendre les produits. Cela fut sans effet car, comme c\u2019\u00e9tait les cas sur de nombreuses c\u00f4tes en ce temps, les population locales tenaient le <em>\u201cDroits de Bris\u201d<\/em>\u00a0<em>(3)<\/em> pour incontestable.<\/p>\n<p>S\u2019ils ne m\u00e9nageaient pas leur peine quand il fallait secourir et aider les naufrag\u00e9s, ils ramassaient tout ce qu\u2019ils trouvaient une fois l\u2019\u00e9quipage en s\u00e9curit\u00e9 et consid\u00e9raient acquis de fa\u00e7on honn\u00eates le produit de leur cueillette. A noter que si de vils accusateurs et des \u00e9crivains en mal de romantisme ont invent\u00e9 l\u2019image du naufrageur, il n\u2019existe aucun t\u00e9moignage d\u2019une telle pratique dans les archives de l\u2019Amiraut\u00e9 de Cornouaille.<\/p>\n<p>En fait le recteur de Ploz\u00e9vet, ne voulut enregistrer aucune d\u00e9claration. Il \u00e9crivit aux autorit\u00e9s : <i>Je n\u2019ay tant tard\u00e9 \u00e0 vous envoyer les monitoires et r\u00e9agraves que dans l\u2019esp\u00e9rance que la quinzaine de P\u00e2ques jointe au r\u00e9agrave auroient mieux concouru \u00e0 les engager \u00e0 d\u00e9clarer, mais j\u2019ay \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 dans mon esp\u00e9rance.<\/i><\/p>\n<p>On sut tout de m\u00eame que des savons furent vendus, quasi publiquement, dans tous les villages voisins, \u00e0 Quimper et jusqu\u2019\u00e0 Carhaix, Gourin et Hanvec.<\/p>\n<p>Impuissante \u00e0 retrouver le moindre savon, l\u2019Amiraut\u00e9 pr\u00e9f\u00e9ra oublier l\u2019affaire. Les magistrats de Quimper, qui avaient n\u00e9glig\u00e9 l\u2019instruction de ce dossier apr\u00e8s 1739, le rouvrirent en 1746 pour constater que les paysans incrimin\u00e9s \u00e9taient morts ou disparus du pays et que les quelques t\u00e9moins avaient tout oubli\u00e9. L\u2019affaire fut abandonn\u00e9e en 1768.<\/p>\n<p>Le naufrage de l\u2019Heureuse Marie et le parti que pris le cur\u00e9 de Plozevet au sujet du <em>\u201cDroit de bris\u201d<\/em> fut donc une vraie b\u00e9n\u00e9diction pour les quelques dizaines de paysans qui en profit\u00e8rent et qui jamais ne furent r\u00e9ellement inqui\u00e9t\u00e9s. Si l\u2019on peut se r\u00e9jouir que les plus d\u00e9munis aient pu en profiter , il faut tout m\u00eame d\u00e9plorer le d\u00e9sarroi du capitaine du navire (4), de son \u00e9quipage (m\u00eame s\u2019il est probable que quelques matelots se servirent \u00e9galement) et de l\u2019armateur qui y laissa probablement une part de son entreprise.<\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 nos \u00e9diles qui lessivent \u00e0 qui mieux mieux leurs petites affaires dans l\u2019espoir de faire revenir l\u2019\u00e9lecteur, il est \u00e0 craindre tout cela finisse par d\u00e9boucher sur un <em>\u201cDroit de bris de d\u00e9mocratie\u201d<\/em>\u00a0 (si ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/http:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/EglisedePlozevet.jpg\"><img data-opt-id=1102599782  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-680\" alt=\"Eglise de Plozevet\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/http:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/EglisedePlozevet.jpg\" width=\"400\" height=\"573\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:400\/h:573\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/EglisedePlozevet.jpg 400w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:209\/h:300\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/EglisedePlozevet.jpg 209w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>1 &#8211; Monitoire : Lettre adress\u00e9e par l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique aux fid\u00e8les leur enjoignant, sous peine d&rsquo;excommunication, de d\u00e9noncer tous les faits r\u00e9pr\u00e9hensibles dont ils ont connaissance.<\/em><\/p>\n<p><em>2 &#8211;\u00a0R\u00e9agrave : Forme d\u2019excommunication qui r\u00e9-aggrave les peines de l\u2019excommuni\u00e9 et interdit au fid\u00e8le de boire, manger ou d\u2019avoir le moindre contact avec lui.<\/em><\/p>\n<p><em>3 &#8211; Il existe, en droit maritime, une r\u00e8gle appel\u00e9 du \u00ab\u00a0Droit de bris\u00a0\u00bb. En cas de naufrage, tous les d\u00e9bris appartiennent au seigneur propri\u00e9taire des cotes o\u00f9 ces d\u00e9bris se sont \u00e9chou\u00e9s. En France\u00a0<em>aujourd&rsquo;hui<\/em>, les bris sont, de fait, cens\u00e9 appartenir \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat !<\/em><\/p>\n<p><em>4 &#8211;\u00a0L\u2019Heureuse Marie \u00e9tait command\u00e9 par Adrien Vincent, sieur du Niarais et Canadien de naissance.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le parisianisme politique se lance dans une op\u00e9ration de transparence qui a tous les ingr\u00e9dients de la farce (qui sera le dindon ?), on peut s\u2019inqui\u00e9ter de&hellip;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/2013\/04\/14\/les-savons-de-lheureuse-marie\/\" rel=\"bookmark\">Lire la suite &raquo;<span class=\"screen-reader-text\">Les savons de l\u2019Heureuse Marie<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-679","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/679","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=679"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/679\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":697,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/679\/revisions\/697"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=679"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=679"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=679"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}