{"id":3784,"date":"2025-01-24T21:00:03","date_gmt":"2025-01-24T20:00:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/?p=3784"},"modified":"2025-01-25T18:38:32","modified_gmt":"2025-01-25T17:38:32","slug":"bodig-entre-deux-cidres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/2025\/01\/24\/bodig-entre-deux-cidres\/","title":{"rendered":"Bodig, entre deux cidres."},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>Bodig, du Nignol, cultivait la terre avec l\u2019esp\u00e9rance obstin\u00e9e des paysans pour l\u2019abondance de grain. Il faisait \u00e9galement du cidre, du bon cidre, ce qui lui valait estime et r\u00e9putation au village. Un dimanche qu\u2019il \u00e9tait au bourg, il croise Polig Fur le notaire, qui lui commande un plein tonneau de son meilleur cidre pour une f\u00eate qu\u2019il donnait chez lui.&nbsp;<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bodig lui propose de venir le go\u00fbter, mais le notable invoque des obligations trop nombreuses et&nbsp; lui rappelle qu\u2019il sait li-m\u00eame parfaitement quel est son meilleur cidre. Le paysan se dit alors qu\u2019il a tout son temps et d\u00e9cide sur le champs d\u2019aller s\u00e9lectionner la barrique qu\u2019il livrerait le lendemain. Il se dirige donc vers son chai du Meneg, calme et d\u00e9sert en ce jour du Seigneur, o\u00f9 le b\u00e2timent convient beaucoup mieux qu\u2019au Nignol, \u00e0 la bonne conservation des cidres. Il sort la cl\u00e9 de sa cachette, ouvre la lourde porte de ch\u00eane et s\u2019assoit dans l\u2019ombre, loin du monde, le verre \u00e0 la main, s\u00fbr de son choix, mais soucieux de v\u00e9rifier une derni\u00e8re fois la qualit\u00e9 de ses produits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il se met \u00e0 l\u2019ouvrage, fait grincer la clef de la barrique et le nectar jaillit, vif et limpide avec des reflets d\u2019ambre. Il approche le nez, respire les parfums, une fois, deux fois, reste un instant songeur, puis sans bruit, boit doucement, savourant \u00e0 chaque gorg\u00e9e les souvenirs d\u2019une ann\u00e9e de passion, la d\u00e9licatesse des fleurs, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du feuillage, le rouge des pommes, les senteurs du jus fra\u00eechement press\u00e9 et le long silence de la fermentation.&nbsp;Il reste pensif et silencieux quelques temps, puis relevant la t\u00eate et fixant la charpente aux poutres noueuses, il se dit \u00e0 haute voix.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Mad eo, un peu amer, sec, sans d\u00e9faut, bien \u00e9quilibr\u00e9 avec juste ce qu\u2019il faut d\u2019amertume, un cidre pour la table, tout comme nous l\u2019aimons chez nous, mais les invit\u00e9s de Polig sont plut\u00f4t du genre trao\u00f9-dous&#8230; \u2026 mallozh-Doue, il faut que je go\u00fbte l\u2019autre.&nbsp;<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>De sa main puissante, il actionne alors la clef d\u2019un second tonneau et remplit \u00e0 nouveau son verre. Apr\u00e8s l&rsquo;avoir contempl\u00e9, respir\u00e9, estim\u00e9, il le vide tout aussi lentement que le premier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Mil mallozh-Doue, celui-l\u00e0 est bon ! Il se boit sans soif et ferait bien l\u2019affaire des clients du notaire, mais bon, si c\u2019\u00e9tait pour moi&#8230;&nbsp;<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il se verse \u00e0 nouveau un verre du premier, puis un autre du second.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Mil seizh kant mallozh-Doue !&nbsp; ils sont bons tous les deux. Ah l\u00e0 l\u00e0, je voudrais tant lui donner le meilleur.. Polig lui c\u2019est s\u00fbr, pr\u00e9f\u00e9rera le sec, mais il y aura toute une ribambelle de dames et demoiselles qui pr\u00e9f\u00e9reront le doux. Et si elles boivent de trop et que cela finisse mal j\u2019aurai des ennuis. Je vais lui donner du sec.&nbsp;<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u00e0 dessus, il se sert une nouvelle rasade, change d\u2019avis, se ressert du doux et plus il boit, moins il sait lequel choisir. Au soir il y est toujours et n\u2019y voyant plus, d\u00e9cide de ne rien d\u00e9cider et de remettre son choix au lendemain. Il se l\u00e8ve, range le verre, referme la lourde porte de ch\u00eane, remet la cl\u00e9 dans sa cachette et prend le sentier de la palue qui m\u00e8ne directement au Nignol en \u00e9vitant le village.&nbsp;Malgr\u00e9 la nuit, il devine encore parfaitement le chemin dans le clair de lune, mais un vent puissant charrie \u00e0 intervalles des chapelets de nuages noirs. Bodig voit bien le sentier sur la lande sombre, mais il se sent pouss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent, ce ne peut \u00eatre que le vent qui le fait d\u00e9vier de son chemin. Faisant front, contre les \u00e9l\u00e9ments, il continue sa route. Soudain les cieux se d\u00e9chir\u00e8rent et une pluie de grosses gouttes l\u2019aveugle alors qu\u2019il est \u00e0 mi-route, l\u00e0 o\u00f9 le chemin contourne le grand menhir.&nbsp;N\u2019y voyant rien, il se cogne le front, tente de le contourner, mais rien n\u2019y fait, il a beau aller d\u2019un bord ou de l\u2019autre, la pierre gigantesque l\u2019emp\u00eache de continuer. Il s\u2019active en tous sens sous les rafales, mais il lui semble d\u00e9sormais qu\u2019il est prisonnier du monument. Alors il frappe la paroi, supplie Dieu, les Saints et le Diable de le laisser passer. \u00c0 bout de force, il se laisse tomber au pied de la pierre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain apr\u00e8s-midi, il est stup\u00e9fait de se r\u00e9veiller dans son lit, mais il se sent courbatur\u00e9, meurtri de toute part, comme s\u2019il revenait d\u2019un de ces pardons o\u00f9 l\u2019on \u00e9change des coups de penn-bazh.&nbsp;Marie, sa femme, arrive et finit de le r\u00e9veiller avec une vol\u00e9e de reproches ponctu\u00e9es de <em>\u201cToull sistr, lonker-brein, penn-divalo\u201d.<\/em> La bord\u00e9e de reproches est interrompue par l\u2019arriv\u00e9e de Lanig, le <em>mevel bras<\/em>, qui se met \u00e0 rire en le voyant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Eh bien Bodig, sans moi tu serais toujours aupr\u00e8s du menhir, je l\u2019aurais bien ramen\u00e9 plus t\u00f4t, mais tu me faisait bien trop rire.&nbsp;<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Il n\u2019y a pas de quoi, <\/em>l\u2019interrompit Bodig assez f\u00e2ch\u00e9.<em>&nbsp;<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Pas de quoi ! Imaginez Marie qu\u2019il tournait autour du Menhir en essayant de passer au travers. Oui, oui, oui, passer au travers, en disant qu\u2019il \u00e9tait enferm\u00e9 dedans<\/em>\u2026 <em>au fait Bodig<\/em>,<em> Polig Fur est venu ce matin chercher un tonneau de cidre. Je lui a donn\u00e9 du demi-sec, car le sec et le doux que tu avais promis \u00e9taient plus qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 vides et aucun des deux n\u2019aurait suffi pour tous les invit\u00e9s.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium is-resized\"><a href=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png\"><img data-opt-id=1732366376  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1654\" height=\"473\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:86\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3787\" style=\"width:400px\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:1654\/h:473\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png 1654w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:86\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png 300w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:1024\/h:293\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png 1024w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:768\/h:220\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png 768w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:1536\/h:439\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/20240910_Frise.png 1536w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Adapt\u00e9 du conte vannerais \u201cEntre deux cidres\u201d de Louis Le Picot (1806:1854)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Petit lexique : Mad eo : c&rsquo;est bon &#8211; Trao\u00f9 dous : choses douces &#8211; Mallozh Doue : Malheur de Dieu &#8211; Mil seizh kant : Mille six cent &#8211; Penn-bazh : bout de b\u00e2ton (gourdin) &#8211; Toull sistr : trou \u00e0 cidre &#8211; lonker brein : buveur pourri &#8211; Penn divalo : t\u00eate lente (fain\u00e9ant)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bodig, du Nignol, cultivait la terre avec l\u2019esp\u00e9rance obstin\u00e9e des paysans pour l\u2019abondance de grain. Il faisait \u00e9galement du cidre, du bon cidre, ce qui lui valait estime et r\u00e9putation&hellip;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/2025\/01\/24\/bodig-entre-deux-cidres\/\" rel=\"bookmark\">Lire la suite &raquo;<span class=\"screen-reader-text\">Bodig, entre deux cidres.<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3799,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"[\"title\",\"meta\",\"thumbnail\",\"content\",\"tags\",\"comments\"]","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[7],"tags":[16,23,18],"class_list":["post-3784","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-contes","tag-cidre","tag-conte","tag-degustation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3784"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3784\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3798,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3784\/revisions\/3798"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3799"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}