{"id":2830,"date":"2020-07-01T21:29:32","date_gmt":"2020-07-01T19:29:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/?p=2830"},"modified":"2023-07-03T12:14:53","modified_gmt":"2023-07-03T10:14:53","slug":"2020-aop-cornouaille-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/2020\/07\/01\/2020-aop-cornouaille-1\/","title":{"rendered":"2020-AOP Cornouaille \/ 1"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>I &#8211; Une communaut\u00e9 et sa tradition sur son terroir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Comme tout produit d\u2019Appellation Origine Prot\u00e9g\u00e9e, le Cornouaille est d\u00e9fini par un terroir d\u00e9limit\u00e9 et un produit de tradition r\u00e9pondant \u00e0 strict un cahier des charges, mais il n\u2019existerait pas sans les femmes et les hommes qui le font vivre. Ces trois \u00e9l\u00e9ments sont imp\u00e9ratifs et clairement d\u00e9finis afin de garantir aux consommateurs une vraie qualit\u00e9 de produit, de provenance et d\u2019authenticit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-opt-id=1326244445  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"567\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_LogoumanBD.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2832\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:850\/h:567\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_LogoumanBD.jpg 850w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:200\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_LogoumanBD.jpg 300w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:768\/h:512\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_LogoumanBD.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image traditionnelle de la campagne cornouaillaise, le \u201cpennti\u201d et son pommier.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La communaut\u00e9 du Cornouaille est donc compos\u00e9e des gens de la terre et des chais, dont plusieurs viennent d\u2019horizon parfois diff\u00e9rents, attir\u00e9s par l\u2019apaisante s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des vergers, par la magie de la fermentation et par le bonheur de devenir passeur de m\u00e9moire et de savoir-faire. Pour autant, ces producteurs, de pommes et de cidres ne sont pas seuls. Il y a en amont des chercheurs et des techniciens qui, dans leur domaine, travaillent \u00e0 p\u00e9renniser les productions au gr\u00e9 des \u00e9volutions r\u00e9glementaires, sanitaires et environnementales. Il y a en aval le monde du n\u00e9goce avec sa froideur comptable mais \u00e9galement sa cr\u00e9ativit\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e. Il y a enfin l\u2019indispensable foule des consommateurs et toute une galaxie d\u2019artistes, de chefs de cuisine et de po\u00e8tes, qui y trouvent l\u2019inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p>Accompagnant ce monde color\u00e9, il est \u00e9galement une histoire enracin\u00e9e, rapport\u00e9e par une longue transmission orale et depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par la litt\u00e9rature, la po\u00e9sie, la chanson et m\u00eame des&nbsp; communications scientifiques(1). Toutes les fermes de Cornouaille ou presque, produisaient du cidre qui \u00e9tait la boisson quotidienne des populations rurales, mais \u00e9galement des marins, des villageois et des gens des villes. Au mitan du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle il existait des cidreries importantes comme la cidrerie Doar\u00e9 \u00e0 Chateaulin, Postic \u00e0 Rosporden ou Rousseau \u00e0 Fouesnant. Elles ont disparues avec l\u2019effondrement du march\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960. Cependant, \u00e0 peine une d\u00e9cennie plus tard, de nouveaux acteurs reprenaient le flambeau afin d\u2019alimenter les cr\u00eaperies qui commen\u00e7aient \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser sur les zones touristiques. Parmi eux les cidreries Kerne \u00e0 Pouldreuzic, Sehedic \u00e0 La For\u00eat Fouesnant et Les Vergers de Pen ar Steir \u00e0 CLohars-Carno\u00ebt, ont pos\u00e9 les bases du renouveau des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>Une campagne de collectage r\u00e9alis\u00e9e en 2015 autour de Fouesnant afin d\u2019obtenir des informations sur les vari\u00e9t\u00e9s traditionnelles de pommes \u00e0 cidre, a permis de rassembler des t\u00e9moignages datant pour beaucoup d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 le sud Cornouaille baignait litt\u00e9ralement dans la boisson de pomme(2). Lors de ces conversations il est apparu que nombre de vari\u00e9t\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9es, parfois plusieurs fois. S\u2019il existe localement des vari\u00e9t\u00e9s connues de longue date, il s\u2019y trouve \u00e9galement d\u2019autres venues d\u2019ailleurs, au gr\u00e9 des d\u00e9placements, car la mobilit\u00e9 due aux n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques, mariages, h\u00e9ritages ou \u00e0 la simple envie de bouger, existe \u00e9videmment depuis toujours.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-opt-id=1230121664  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"425\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20141027_Chwerv-Kerlaer.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2834\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:850\/h:425\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20141027_Chwerv-Kerlaer.jpg 850w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:150\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20141027_Chwerv-Kerlaer.jpg 300w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:768\/h:384\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20141027_Chwerv-Kerlaer.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">C&rsquo;hwerv-K\u00earla\u00ebr, rare vari\u00e9t\u00e9 de Mousterlin \u00e0 Fouesnant.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Lors de cette enqu\u00eate, un producteur de pommes \u00e0 cidre t\u00e9moigna que le patron de l\u2019ancienne cidrerie Rousseau \u00e0 Fouesnant, avait en son temps fait venir de l\u2019est de la Bretagne, des greffons de fruits dont il savait la bonne r\u00e9putation et les avait fait greffer chez des paysans sans les informer de leurs v\u00e9ritables noms.Ces pommes furent donc renomm\u00e9es au hasard, du nom de la ferme, du nom d\u2019un individu ou d\u2019un mot les d\u00e9finissant au mieux. En r\u00e9alit\u00e9, si le nom, exclusivement en langue bretonne en Cornouaille, est souvent li\u00e9 \u00e0 l\u2019aspect cidricole de la vari\u00e9t\u00e9, il est dans la grande majorit\u00e9 des cas le d\u00e9but d\u2019une bonne histoire. Cette particularit\u00e9 est \u00e9vidente pour une population celtique habitu\u00e9e \u00e0 transmettre oralement ses connaissances depuis la nuit des temps. C\u2019est \u00e9galement une preuve que la qualit\u00e9 intrins\u00e8que d\u2019un breuvage ne suffit pas toujours \u00e0 satisfaire le consommateur si ses saveurs et ses ar\u00f4mes ne sont pas accompagn\u00e9s d\u2019un conte bien trouss\u00e9. Le cidre n\u2019est plus \u00e0 ce moment l\u00e0 seulement une boisson, mais une composante du patrimoine culturel du terroir dont il est issu.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Quelques t\u00e9moignages se distinguent<\/strong><\/em>(3)<em><strong> par l\u2019\u00e9vocation de souvenirs qui montrent que l\u2019AOP Cornouaille est aujourd\u2019hui l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une tradition bien ancr\u00e9e sur ce qui est aujourd\u2019hui sa zone d\u2019Appellation.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img data-opt-id=707917734  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"300\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:300\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/PortraitsBD.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2837\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:300\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/PortraitsBD.jpg 300w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:150\/h:150\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/PortraitsBD.jpg 150w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:768\/h:768\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/PortraitsBD.jpg 768w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:850\/h:850\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/PortraitsBD.jpg 850w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Quatre des vingt-cinq anciens cidriers a avoir apport\u00e9 leur t\u00e9moignage \u00e0 ce collectage de la m\u00e9moire cidricole en Pays fouesnantais.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dans un verger de Beg-Meil, Fa\u00f1ch nous a dit comment \u00e9tait organis\u00e9e la garde de m\u00fbrissement des vari\u00e9t\u00e9s les plus tardives, une pratique confirm\u00e9e par d\u2019autres anciens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u201cExcept\u00e9 dans les quelques fermes assez riches pour disposer de b\u00e2timents suffisamment vastes pour les faire m\u00fbrir \u00e0 l\u2019abri, les pommes \u00e9taient \u00e9tal\u00e9es en plein air, dans un coin ensoleill\u00e9 de la cour. Sur une surface d\u00e9gag\u00e9e \u00e0 cet effet, nous installions d\u2019abord une couche de lande d\u2019une dizaine de centim\u00e8tres avant de disposer dessus une couche de paille de la m\u00eame \u00e9paisseur. Nous pouvions alors y \u00e9taler les pommes sur une \u00e9paisseur de vingt \u00e0 trente centim\u00e8tres et le murissement se faisait relativement au sec car les pluies \u00e9taient bien drain\u00e9es. Cela donnait de bons r\u00e9sultats. Il fallait attendre parfois pr\u00e8s d\u2019un mois suivant les vari\u00e9t\u00e9s. Le probl\u00e8me c&rsquo;est qu&rsquo;au bout de tout ce temps la lande \u00e9tait devenue tr\u00e8s dure et nous nous piquions s\u00e9v\u00e8rement les doigts en r\u00e9cup\u00e9rant les derni\u00e8res pommes. L\u2019autre inconv\u00e9nient c\u2019\u00e9tait les oiseaux, mais il y avait toujours du monde \u00e0 surveiller et les gamins ne sortaient jamais sans leur lance-pierre. On a oubli\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait vital qu\u2019ils sachent bien s&rsquo;en servir car c&rsquo;\u00e9tait un moyen de faire fuir les animaux trop gourmands. De plus, suivant les esp\u00e8ces rapport\u00e9es (grive, lapins, etc.) cela pouvait constituer un repas car on faisait feu de tous bois en ce temps l\u00e0.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa ferme entre Fouesnant et Beg-Meil, Charles a beaucoup insist\u00e9 sur le soutirage et sur le peu de marge de man\u0153uvre dont disposait, \u00e0 cause des conditions climatiques, les anciens cidriers :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u201c\u00c0 la ferme nous avons fait jusqu\u2019\u00e0 50 barriques, mais aujourd\u2019hui, avec l\u2019\u00e2ge(4) et comme je ne commercialise plus, nous n\u2019en faisons que deux ou trois. Nous avons les vari\u00e9t\u00e9s(5) dous-moen, dous-bloc\u2019hig(6), prad-yeot, rouz-koumoul, beleien, trojenn-hir, c\u2019hwerv-brizh(7) et c\u2019hwerv-ruz-mod-kozh. Pour les m\u00e9langes, la r\u00e8gle c\u2019est deux-tiers de douce-am\u00e8res un tiers de douces et suivant ce que nous voulons obtenir, il faut ajouter plus ou moins de c\u2019hwerv. Le soutirage c\u2019est le plus important et si maintenant il y a des solutions techniques modernes pour \u00e9viter les \u00e9checs, je fais toujours mon cidre suivant la m\u00e9thode traditionnelle et avec l\u2019exp\u00e9rience \u00e7a se passe tr\u00e8s bien. Il faut soutirer trois fois ce qui fait que sur 220 litres, il reste environ 160 litres \u00e0 mettre en bouteilles car chaque soutirage emporte une vingtaine de litres. Le premier, au bout de 10 \u00e0 15 jours est le plus important. Il d\u00e9pend de la lune et des vents. La lune montante fait travailler le cidre beaucoup plus vite et les vents d\u2019ouest am\u00e8nent du mauvais temps qui emp\u00eache la d\u00e9cantation. S\u2019il restent dans cette direction, ils emp\u00eachent tout soutirage car le cidre ne d\u00e9cante pas et au bout du compte il peut devenir tr\u00e8s sec. P\u2019lec\u2019h \u2019ma\u00f1 \u2019 avel(8) demandaient toujours les anciens au moment de faire leur cidre. En fin d\u2019\u00e9t\u00e9, quand celui de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente venait \u00e0 manquer, ces anciens composaient avec les vari\u00e9t\u00e9s h\u00e2tives, c\u2019hwerv-brav, c\u2019hwerv-ruz et c\u2019hwerv-brizh-abred. Comme ils aimaient le cidre sec et qu\u2019il fait encore chaud \u00e0 cette \u00e9poque, le cidre n\u2019\u00e9tait pas soutir\u00e9 et il fermentait vite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa maison sur la route de Mousterlin, Louis P. a \u00e9voqu\u00e9 les vergers du temps de l\u2019apog\u00e9e du cidre, les ventes aux marins et le brutal d\u00e9clin apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u201d<em>Au moment o\u00f9 je reprends l\u2019exploitation familiale, dans le milieu des ann\u00e9es 1960, la production de cidre \u00e9tait en d\u00e9clin. J&rsquo;en \u00e9laborais cependant pour la ferme, pour la distillation car nous avions ici le \u201cprivil\u00e8ge de bouilleur de cru\u201d et pour quelques h\u00f4tels qui selon la pratique de l\u2019\u00e9poque, mettaient eux-m\u00eame en bouteilles. Dans sa famille cela n\u2019a jamais constitu\u00e9 le revenu principal, mais entre les deux guerres c\u2019\u00e9tait un bon apport et encore plus avant la premi\u00e8re guerre o\u00f9 le cidre se vendait par tonneaux dans les bistrots et aux marins qui en achetaient chacun le contenu d\u2019une dame-jeanne avant de partir en mer. Mon grand p\u00e8re allait \u00e0 Concarneau avec, dans la charrette, une barrique qui revenait g\u00e9n\u00e9ralement vide. Il passait l\u2019hiver \u00e0 faire le cidre, \u00e0 la paille, et cela allait assez vite, ce n\u2019\u00e9tait pas une corv\u00e9e comme on pourrait se l\u2019imaginer. Cela commen\u00e7ait t\u00f4t car il produisait du cidre nouveau pour le pardon de Benodet(9). En ce temps l\u00e0 Fouesnant \u00e9tait couvert de vergers, des pommiers mais \u00e9galement des cerisiers. Il y avait une main-d\u2019\u0153uvre tr\u00e8s nombreuse dans les campagnes et cela en permettait l\u2019entretient car les paysans s\u2019occupaient de leur vergers. Abimer un pommier, en passant la charrue ou en laissant les b\u00eates divaguer \u00e9tait tr\u00e8s mal per\u00e7u. Certains disposaient de la lande autour du tronc pour garder les b\u00eates \u00e0 l\u2019\u00e9cart. L\u2019euphorie s\u2019est vraiment achev\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 1950 quand le cidre n\u2019a plus trouv\u00e9 preneur. Ici, les derniers stock ont \u00e9t\u00e9 vendus \u00e0 une distillerie d\u2019\u00c9tat pour l\u2019approvisionnement des usines d\u2019armement. Les vergers ont ensuite \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s \u00e0 partir de la fin de la d\u00e9cennie, m\u00eame si pour avoir toujours du cidre \u00e0 la ferme, mon p\u00e8re avait replant\u00e9 un petit verger \u00e0 ce moment l\u00e0. Ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1970 que le renouveau a commenc\u00e9.<\/em>\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 La For\u00eat, sur la route de Quimper, Jos nous a racont\u00e9 les sp\u00e9cificit\u00e9s de la vente du cidre en tonneau, une pratique abandonn\u00e9e lors du renouveau des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>\u201c<em>Entre les deux guerres et jusqu\u2019au ann\u00e9es 1960, la ferme produisait&nbsp; jusqu\u2019\u00e0 150 barriques chaque ann\u00e9e. Si une partie \u00e9tait consomm\u00e9e sur place(10), les plus gros volumes \u00e9taient exp\u00e9di\u00e9s sur Paris, en tonneaux par Transporteur. Ses clients h\u00f4teliers, le mettaient en bouteilles eux-m\u00eames et les bistrots le vendaient directement \u00e0 la cl\u00e9, au verre, au pichet ou en contenant r\u00e9utilisable \u00e0 emporter(11). Il fallait donc organiser une tourn\u00e9e pour r\u00e9cup\u00e9rer les f\u00fbts vides, mais \u00e7a restait rentable. Le plus gros probl\u00e8me \u00e9tait que les tonneaux n\u2019\u00e9taient pas soign\u00e9s. Pour s\u2019en occuper, les refaire ou en faire de nouveaux il y avait deux fr\u00e8res \u00e0 Beuzec(12) qui s\u2019\u00e9taient sp\u00e9cialis\u00e9s dans ce travail. Quand ils fabriquaient de nouvelles futailles, ils venaient avec toutes&nbsp; les pi\u00e8ces de bois dans une charrette et les assemblaient sur place. Pour les cerclages, avant la g\u00e9n\u00e9ralisation des cercles en fer, le paysan pr\u00e9parait des tiges de ch\u00e2taignier qu\u2019il mettait \u00e0 tremper dans un ruisseau plusieurs jours avant l\u2019arriv\u00e9e des tonneliers. Ces derniers fendaient les tiges de ch\u00e2taignier dans le sens de la longueur et les serraient sur le tonneau. En s\u00e9chant le bois resserrait encore le f\u00fbt qui ainsi devenait bien \u00e9tanche. Mon p\u00e8re \u00e9tait vraiment un bon cidrier. Il participait chaque ann\u00e9e au concours de Fouesnant. il s\u2019occupait bien de ses vergers et avait comme beaucoup une p\u00e9pini\u00e8re. Il gardait les sauvageons sans les greffer s\u2019ils \u00e9taient donnaient de bonnes pommes(13) et greffait les autres de ses vari\u00e9t\u00e9s pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Il a eu tr\u00e8s t\u00f4t un broyeur \u00e9quip\u00e9 d\u2019un moteur et un pressoir hydraulique de 100 tonnes. Pour ma part, j\u2019ai continuer \u00e0 faire du cidre tant que j\u2019ai pu le vendre en tonneau. J\u2019ai arr\u00eat\u00e9 en 1965 et me suis alors d\u00e9barrass\u00e9 de mon mat\u00e9riel. J\u2019ai gard\u00e9 les vergers et je vends les pommes, j\u2019en garde juste ce qu\u2019il faut pour \u00e9laborer une barrique de c\u2019hwerv avec un vieux camarade qui en produit toujours pour le plaisir.<\/em>\u201d<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-opt-id=1838951037  decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"850\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20170902_VergerTrad.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2841\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:850\/h:850\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20170902_VergerTrad.jpg 850w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:300\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20170902_VergerTrad.jpg 300w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:150\/h:150\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20170902_VergerTrad.jpg 150w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:768\/h:768\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20170902_VergerTrad.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Verger traditionnel en Cornouaille.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Reproduire les souvenirs de tous les anciens interrog\u00e9s serait long et parfois r\u00e9p\u00e9titif car quelquefois de leurs anecdotes se recoupent, mais ces quatre t\u00e9moignages en donnent un bel aper\u00e7u et montrent malgr\u00e9 des moyens souvent limit\u00e9s, une grande connaissance de l\u2019art cidricole, acquise par les g\u00e9n\u00e9rations de paysans qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Cette longue tradition sur tout le territoire de l\u2019actuelle Appellation \u00e9volue en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 chaque changement de g\u00e9n\u00e9ration(14), mais le go\u00fbt du cidre amer qui est sa marque distinctive, est toujours pr\u00e9sent, soutenu par un fond vari\u00e9tal unique faisant la part belle \u00e0 cette saveur pris\u00e9e des gourmets.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Gardiens et passeurs de cette tradition, les actuels cidriers de Cornouaille ne produisent pas tous de l\u2019AOP Cornouaille chaque ann\u00e9e<\/em><\/strong>(15)<strong><em>, car son \u00e9laboration demande un investissement parfois difficilement compatible avec la gestion d\u2019entreprises quelquefois fragiles comme peuvent l\u2019\u00eatre nombre de petites exploitations agricoles en France. Cependant ils perp\u00e9tuent le savoir-faire cornouaillais en produisant \u00e0 partir des pommes de leur terroir, du jus de pommes, des cidres de tradition, du Pommeau et du Lambig. Tous ces op\u00e9rateurs, forment avec les producteurs de l\u2019AOP Cornouaille, une communaut\u00e9 qui sait accueillir le visiteur dans les cidreries de la \u201cHent ar Sistr\u201d, la route du cidre en Cornouaille<\/em><\/strong>(16)<strong><em>.<\/em><\/strong><br><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-opt-id=1134331903  decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"566\" src=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:auto\/h:auto\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_PenityBD.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2846\" srcset=\"https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:850\/h:566\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_PenityBD.jpg 850w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:300\/h:200\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_PenityBD.jpg 300w, https:\/\/mloeudo7ye9b.i.optimole.com\/w:768\/h:511\/q:mauto\/f:best\/https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/20200627_PenityBD.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Une petite chapelle au d\u00e9tour d&rsquo;un bois sur la <em>Hent ar Sistr,<\/em> la Route du Cidre en Cornouaille.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>1 &#8211; Dont en particulier : <em>Pomologie du Finist\u00e8re <\/em>de J.F. Crochetelle et <em>La chanson du cidre<\/em> de F. Le Guyader. 2 &#8211; Ce n\u2019est \u00e9videmment pas le seul canton dans ce cas et des enqu\u00eates similaires tout au long de ce qui est aujourd\u2019hui l\u2019aire de l\u2019Appellation Origine Prot\u00e9g\u00e9e du Cornouaille, donnerait des r\u00e9sultats similaires. 3 &#8211; Chacun de ces t\u00e9moignages apporte une belle information. Les textes ci-dessous n\u2019en pr\u00e9sentent que quelques extraits, re-assembl\u00e9s pour cette pr\u00e9sentation. 4 &#8211; Charles avait 80 ans au moment de cette conversation. 5 &#8211; Pour la description de ces pommes, voir mon livre <em>Pommes et cidre en Cornouaille<\/em> au \u00c9ditions Locus Solus. 6 &#8211; Le \u00abc\u2019h\u00bb se dit \u00e0 peu pr\u00e8s comme la Jota espagnole. 7 &#8211; <em>C\u2019hwerv (amer)<\/em> se prononce \u03c7w\u03b5rw en Breton acad\u00e9mique, mais en sud Cornouaille, il se prononce f\u00e9o <em>(parfois f\u00e9ro).<\/em> 8 &#8211; O\u00f9 est le vent. 9 &#8211; Le premier dimanche de septembre. 10 &#8211; En moyenne un tonneau tous les six semaines ce qui en fait entre 9 \u00e0 11 par an car la consommation \u00e9tait importante au moment des battages et des r\u00e9coltes, qui r\u00e9unissaient beaucoup de main d\u2019\u0153uvre et n\u00e9cessitaient parfois de faire du cidre nouveau en septembre. 11 &#8211; Ce type de vente, avec des contenants r\u00e9utilisables modernes et bien adapt\u00e9s, se pratique encore en Angleterre, en Allemagne et dans le nord de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique. 12 &#8211; Pr\u00e8s de Concarneau. 13 &#8211; Ces vari\u00e9t\u00e9s originales,\u00a0n\u2019existant en un seul arbre, n\u2019\u00e9taient pas nomm\u00e9es ce qui complique encore aujourd\u2019hui les recherches sur les vari\u00e9t\u00e9s traditionnelles. 14 &#8211; Rien n\u2019est fig\u00e9 \u00e0 cause de l\u2019\u00e9volution des connaissances scientifiques, des techniques et des mat\u00e9riels, de la m\u00e9t\u00e9o forc\u00e9ment changeante pr\u00e8s des c\u00f4tes et enfin des effets du r\u00e9chauffement climatique. 15 &#8211; Cela d\u00e9pend de l\u2019\u00e9tat des stocks et de la qualit\u00e9 de la r\u00e9colte, certains mill\u00e9simes s\u2019y pr\u00eatant mieux que d\u2019autres. 16 &#8211; <a href=\"http:\/\/www.routeducidre-cornouaille.bzh\">www.routeducidre-cornouaille.bzh<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Pour aller plus loin : <a href=\"https:\/\/www.macgleo.com\/blog\/2020\/07\/08\/2020-aop-cornouaille-2\/\">2020-AOP Cornouaille \/ 2<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I &#8211; Une communaut\u00e9 et sa tradition sur son terroir. 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