Les pommes et les curés

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La recherche d’informations sur les pommes vous apprend rapidement à ne pas considérer comme variétés certifiées les pommes dites « du curé » car il y en eu dans presque tous les villages (à chaque fois différentes) et n’étaient pas forcement dues aux talents d’obtenteur d’un écclésiastique.

Dans la presque totalité des cas, le nom était donné par des paroissiens impressionnés par la qualité d’un fruit dans le jardin du presbytère, à défaut de connaitre celui de la variété. Parfois le curé corrigeait et livrait le nom exact, mais généralement l’expression « la pomme du curé » restait dans le langage local jusqu’à ce qu’un connaisseur de passage redonne à la pomme son vrai nom.

C’était au temps où les recteurs, curés, prêtres et frères (et sœurs) des écoles chrétiennes, tenaient ferment la campagne. Ils faisaient également partie de ceux qui voyageaient régulièrement et que le sacerdoce amenait à changer régulièrement de paroisse. Un certain nombre d’entre eux s’intéressaient aux pommes. Ceux là ne quittaient pas leur ancienne résidence sans y avoir prélever quelques greffons de leurs variétés favorites qu’ils greffaient aussitôt dans le verger de leur nouvelle affectation.

La raison en est bien simple. Nombre de ces anciens curés de campagne étaient d’origine paysanne et occupaient leur temps libre à l’amélioration du jardin presbytéral. Or, et même si les pommes étaient réputées fruits du péché, la culture du pommier était une passion commune à beaucoup de gens de la terre car s’il s’agissait de beaux arbres, les fruits constituaient des desserts, des sucreries de choix et servaient à l’élaboration de cidres, dont les gens d’Église en Bretagne ont longtemps été de bons connaisseurs (Le dernier Père cidrier de l’abbaye de Landévennec n’a d’ailleurs arrêté son activité qu’en 1981). Il n’est donc pas étonnant de retrouver des « pommes du curé » un peu partout.

Les trois sortes de « pommes du curé » généralement rencontrées

• Il y a évidemment les pommes mal nommées.

Dans sa « Pomologie du Finistère » parue en 1905, Jules Crochetelle écrit dans la section « Crû du Nord-Finistère » P. 51-52 : « Person Plouegat, ce n’est autre chose que la Doux Rousse bienn, de Quimperlé, dont les greffes ont été amenées dans la région par le curé de Plouégat-Guerrand, qui habitait autrefois l’arrondissement de Quimperlé. Cette variété se comporte bien aux environs de Morlaix et se répand beaucoup. »

Note : Person (Recteur). La Dous-rouz-bihan (Doux roux petit), est bien une variété de la région de Quimperlé.

• Il existe cependant des variétés effectivement découvertes par un homme d’église, mais qui ne sont pas appelées « Pomme du curé ».

Ainsi à Clohars-Carnoët j’avais noté ceci il y a une dizaine d’années à propos de l’Amère-Saint-Jacques : « La tradition rapporte qu’un frère des écoles chrétiennes en poste à Saint-Jacques de Clohars-Carnoët s’intéressait aux variétés de pommes à cidre dans le but d’améliorer les productions locales. Il aurait repéré cette variété amère sur un talus et lui aurait alors donné le nom du Saint patron de son établissement. »

• Il y a enfin les variétés de pommes qui loin de pousser dans le jardin du presbytère sont de vraies « pommes du curé » bien connues des cidriers.

La Beleien (à l’origine Avaloù-beleien = Pommes des prêtres) est une variété douce et sucrée au jus dense et rouge et très appréciée des cidriers fouesnantais. Étudiée par M.J. Crochetelle qui la classait parmi les meilleures variétés du cru, elle y est attestée depuis longtemps et en est un des piliers du fond variétal. Son nom vient peut-être de la réputation d’amateurs de douceurs attribuée aux ecclésiastiques, mais selon différents informateurs il cacherait des histoires plus ou moins avouables.

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La Person (À l’origine Avaloù-person = Pommes du recteur) est également une variété douce et sucrée au jus coloré. Un informateur de Locunolé expliquait il y a quelques années que le recteur en question était celui de Tréméven qui, arrivant d’une paroisse plus à l’ouest en Cornouaille et craignant sans doute de ne pas trouver cidre à son goût dans sa nouvelle affectation, avait apporté ses greffons dont les qualités séduisirent rapidement les paysans du crû. A noter cependant qu’au Pays Fouesnantais (plus à l’ouest donc) elle est également appelée Person et est depuis longtemps très appréciée des cidriers.

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Credit Photos © MG & CA 

07. janvier 2015 par mark
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