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Pommes à cidre des vallées de
l’Aven et de la Laïta
Les
variétés présentées ci-dessous sont une
sélection de quelques-unes des variétés les plus
appréciées des vallées de l’Aven et de la
Laïta. Les informations données sont des extraits de
conversations avec des cidriers traditionnels.
Amère-Saint-Jacques (
Aven Laïta )
Variété
amère au jus peu coloré. Originaire
de Kerrien en Clohars-Carnoët, elle est réputée pour
son amertume et sa régularité de production.
La tradition rapporte
qu’un frère des écoles
chrétiennes, en poste à Saint-Jacques de
Clohars-Carnoët s’intéressait aux variétés de
pommes à cidre afin d’améliorer ses productions. Il
aurait repéré cette variété sur un talus et
lui aurait donné le nom du Saint patron de son
établissement.
Brank-kamm ( Aven Laïta )
Variété
douce-amère au jus coloré et
sucré. Originaire de Locunolé elle fait partie des
variétés de base du secteur. Elle est
réputée car elle se conserve bien et donne de la couleur
au cidre.
Brank-kamm signifie
branche courbée de brank (branche et bois de
cerf) et kamm (courbe, tordu et boiteux). Brank se prononce la plupart
du temps Branch et le nom usuel de la variété est
Branch-kamm. Son nom vient de la forme plate du pédoncule qui
est en général courbe.
Brizh-kannig ( Aven Laïta )
Variété
acidulée et sucrée originaire
d’Arzano ou elle est avérée de longue date. Son jus
moyennement coloré et son acidité sont
appréciés pour l’équilibre des cidres, mais elle
ne se conserve pas bien. L’arbre est résistant aux maladies et
produit régulièrement tous les ans.
Brizh-kannig signifie
littéralement vaguement un peu
éclatant de brizh (tacheté et vaguement) et kann
(éclatant) altéré par le diminutif ig. Ce nom
qualifie précisément son aspect car la peau de la
Brizh-kannig est couverte d’une sorte de cire et brille naturellement.
Dous-e-veg-brizh ( Aven
Laïta )
Variété
douce-amère originaire d’Arzano, c’est une
chair tendre pénalisée par sa sensibilité à
la tavelure. Elle est réputée faire un bon cidre
légèrement amer. Les cidriers l’apprécient car
elle mûrit bien et leur laisse le temps de la travailler sans
précipitation.
Elle a
été étudiée à la fin du XIXe
et son nom mal compris est devenu Douce Evêque Bris, nom qui lui
est généralement resté. En réalité
Dous-e-veg-brizh signifie vaguement doux en bouche de
dous (doux), e (dans), beg (bouche) et brizh (tacheté et
vaguement). Ce nom colle parfaitement à la saveur de la pomme.
Fouenant-gwenn ( Aven Laïta
)
Variété
douce et acidulée, originaire du Penker en
Arzano. Son jus coloré est fruité, frais et
agréable à déguster. Elle jouit d’une bonne
réputation à Arzano où elle était
jusqu’à une période récente,
régulièrement utilisée dans les assemblages pour
sa fraîcheur.
Fouenant-gwenn
signifie blanche de Fouenant de Fouenant et
gwenn (blanc). Elle a été introduite dans le secteur
pendant la seconde guerre mondiale, par un lorientais venu se
réfugier en campagne et aurait été appelée
ainsi en raison de la réputation du cidre de Fouenant. À
noter cependant que le fruit ressemble beaucoup à la Beleien de
Fouenant.
Gilvig-Lokoal ( Aven Laïta )
Variété
acidulée originaire de Locoal-Mendon, elle
n’est pas dans la typicité Guillevic car son jus est
foncé et son acidité très marquée.
Gilvig-Lokoal
signifie le guillemot de Locoal Mendon de gilvig
(macareux ou guillemot), et Lokoal (le village de Locoal Mendon). Lok
signifie lieu consacré, ici à Sant Koal qui est un Saint
de l’époque des migrations bretonnes vers l’Armorique. Né
en 590 au Pays de Galles, il étudie à Lancarvan
auprès de Saint Brendan. Devenu évêque d’Aleth
(près de Saint Malo) en 627, il abandonne sa charge pour
créer plusieurs ermitages dont un sur l’île de Plecit, sur
la rivière d’Étel, qui deviendra Île de Koal puis
Lokoal. Il meurt en 640 en forêt de Camors.
Lost-Kamm ( Aven Laïta )
Variété
précoce malgré une floraison
très tardive. Douce et plutôt sucrée, elle est
originaire de Saint-Pierre en Rédéné. Elle fleurit
très tard ce qui lui permet de passer sans encombre les
gelées, mais elle est très hâtive et n’est
utilisée que pour faire des cidres de fin d’été.
Lost-kamm signifie
littéralement queue tordue de lost (queue) et
kamm (courbe, tordu et boiteux). Ce nom n’a pas grand-chose à
voir avec la pomme, et il faut plutôt comprendre “coup tordu”. En
effet, la Lost-kamm fleurit tard et mûrit tôt, ce qui est
à priori intéressant, mais elle est trop précoce
pour cela. Lost-kamm traduit une certaine méfiance
vis-à-vis de cette variété.
Elle est sensible
à la vitrescence, mal qui affecte
également la c’huero-bleiz de Fouesnant. Le fruit devient
translucide, un défaut dû à une mauvaise
assimilation du calcium qui affecte les jeunes plants et qui le rend
impropre à toute utilisation. Les anciens attribuaient cette
maladie à l’action de la lune et disaient alors que pommes
étaient “loariet” (lunées).
Stang-ruz ( Aven Laïta )
Variété
douce-amère originaire de Kerdudou en
Locunolé. Attestée depuis longtemps dans ce secteur, elle
jouit d’une excellente réputation pour sa rusticité, sa
fertilité et la vigueur de son arbre.
Stang-ruz
signifie littéralement serré vigoureusement, de stank
(vallée resserrée, barrage, bouchon) et ruz (rouge et
énergique). C’est l’aspect caractéristique de l’arbre qui
a donné son nom à la variété. À la
fin de l’été en effet, cet arbre apparaît de loin
avec un de feuillage dru et compact et des grappes denses de fruits.
Cet aspect est à rapprocher de celui d'une variété
fouenantaise confinée au secteur de Mousterlin, la
c’huero-ruz-botell-stank dont le nom signifie amer vigoureux
serré tel une botte (de foin). La similitude est moins
marquée quand à la saveur du fruit, mais il est probable
que ces deux variétés aient la même origine.
La tradition des vallées de
l’Aven et de la
Laïta, rapporte qu’un bon
cidre
doit assembler des stang-ruz, des bakon-brizh, des kroc’hen-ki, des
brank-kamm, des dous-e-veg-brizh et des brizh-kannig. Il est cependant
probable qu’une telle abondance n’est pas réalisable chaque
année.
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