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Les pommes à cidre de Cornouaille

“J‘ai fait de nombreuses analyses de pommes et de cidres de cette région...
 ...laissez-moi seulement reproduire ces quelques lignes du bon poète Guyader
 qui dit : Nous sommes les premiers à rendre hommage aux cidres normands,
 aux cidres de la haute Bretagne, mais en toute sincérité, il y là, de l‘Isole à l‘Odet,
 un jardin des hespéridés où il fait bon naître, vivre et mourir”

C’est par ces mots que Monsieur Crochetelle, Directeur de la Station Agronomique du Finistère présenta ses travaux lors du congrès de 1921. Avant de parler pomme à cidre, il rappelait déjà combien le verger est essentiel à l'espace rural, combien il participe à l'aménagement du territoire avec ses parcelles intégrées à leur l'environnement et qui abritent de nombreuses ruches et leurs colonies de sentinelles de l'écologie que sont les abeilles.

Ce verger, aussi bien entretenu qu'un parc de plaisance, est également un facteur de biodiversité car les cidres sont élaborés avec plusieurs variétés de pommes assemblées dans une proportion qui varie chaque année en raison de l'alternance et des périodes de maturité, car les vergers, pourrésister aux vents d'hiver, doivent être clos d'essences végétales particulièrement robustes.

Chaque pomme apporte sa couleur, ses parfums et ses saveurs. Les amères donnent la structure et l'amertume, les douces apportent des parfums et du sucre, les acidulées complètent l'équilibre aromatique. Le verger cornouaillais abrite donc un tronc commun de variétés génériques, mais surtout de nombreuses variétés locales sur chaque terroir.

Quelques variétés génériques
(Les informations ci-dessous sont extraites de conversations avec des cidriers traditionnels).

C’huero-brizh

Fruit doux-amer, emblématique de Fouenant, il était à la base de la réputation du cru au temps où le cidre se vendait à la barrique. Il apporte une bonne amertume, mais il est précoce, a tendance à chuter avant la pleine maturité, se conserve mal au sol et devient vite farineux. Il faut donc le travailler au bon moment pour obtenir de bons résultats.

C’huero-brizh signifie assez amer, de c’huero (amer) et brizh (tacheté, vaguement, plusieurs couleurs). Ce nom s’inspire de l’apparence de la pomme qui peut être tachetée avec plusieurs couleurs et de la saveur de son jus qui est moyennement amer.

Les anciens fouenantais disaient qu’au nord de la route Quimper Concarneau, la variété ne donnait pas. Ils ne la plantaient d’ailleurs que près de la mer et dans les vallées des nombreuses petites rias de Fouenant et de la Forêt.

C'huero se prononce feo, à Fouenant et en Pays Bigouden.

Dous-koat-lignez

Pomme douce et rustique, implantée sur de nombreux vergers, elle est appréciée des cidriers car elle permet d’élaborer des cidres se conservant naturellement doux. Originaire de Baud, dans le Morbihan, la tradition rapporte que dans la ferme où furent prélevés les greffons de référence de la variété, il y avait un arbre dont le tronc très large et creux, servait de niche à chien.

Dous-koat-lignez signifie doux du bois de la lignée, de dous (doux), koat (bois, forêt) et lignez (maison noble). La dous-koat-lignez doit son nom à sa saveur douce et au lieu où elle fut découverte, à proximité d'un bois appartenant à une grande lignée.

Dous-moen

Pomme douce, d’une remarquable richesse en sucre, elle est utilisée pour élaborer des cidres de haute qualité. Étudiée dès la fin du XIXe, elle est originaire de Clohars-Carnoët où elle est très réputée. Après avoir été adoptée par la Cornouaille, elle est aujourd’hui implantée sur l’ensemble du verger breton. L’arbre nécessite toutefois des soins constants pour donner de bons résultats.

Dous-moen signifie doux et petit de dous (doux) et moan (étroit et grêle). La prononciation de moan a varié au fil du temps et a fait muter moan en moen. Le nom de la dous-moen vient à priori de la taille caractéristique de son fruit qui est effectivement petit et même très petit suivant les années. Il est cependant possible qu’elle porte le nom de son inventeur car Moan et Moen sont des patronymes répandus dans toute la Cornouaille.

Guillevic

Pomme acidulée et variété emblématique de Baud à l’ouest du Morbihan, elle s’est imposée comme la pomme acidulée des vergers bretons. Le regretté Jean Ferrand de Rédéné a largement contribué à la populariser en produisant avec cette pomme un excellent cidre mono variétal doux et fruité.

Un groupement de producteurs morbihannais a repris le flambeau pour en faire le Royal Guillevic élaboré et commercialisé en Label Rouge et consommé au cocktail et à l’apéritif.

Guillevic est la francisation de Gilvig, le mot breton pour désigner le macareux. La variété doit son nom à son inventeur. Le patronyme Guillevic est en effet courant dans le Morbihan. On citera Eugène Guillevic, natif de Carnac, dont la poésie rocailleuse et humaine a traversé, sans se trahir, les grands courants littéraires du vingtième siècle.

Kêrmerien

Pomme douce-amère, omniprésente dans les vergers, elle est originaire de Clohars-Carnoët où elle fut découverte au XIXe. Un agriculteur ayant remarqué de beaux fruits, produits  tous les ans par un arbre sur un fossé de Porsac’h, y préleva des greffons et la nouvelle variété qui ne tarda pas à se répandre. Elle donne un bon cidre utilisée seule, mais elle est souvent rehaussée par ldes variétés amères.

Kêrmerien signifie la maison des fourmis, de kêr (ville, village, habitat) et merien (fourmis). La variété tient probablement son nom du lieu où elle fut initialement implantée à moins qu’elle ait adopté le nom de son inventeur, un patronyme que l'on rencontre régulièrement. À noter que près de Clohars-carnoët il existe un petit port de pêche appelé Merrien dont l’écrivain Jean Merrien, auteur de nombreux livres sur la mer et les bateaux, a pris le nom pour pseudonyme.

Marie Ménard

Pomme amère, elle est originaire de Matignon dans les Côtes d’Armor. Réputée pour son amertume et ses qualités cidricoles, elle est implantée sur l’ensemble du verger breton.

D’après la légende, c’est en 1910 que Madame Marie Ménard, qui possédait une ferme à Saint Germain près de Matignon dans les Côtes d’Armor, aurait acheté auprès d’un pépiniériste, des aigrins au marché de Lamballe. Quelques années plus tard, au moment de greffer, elle aurait fait appel à un agriculteur qui lui aurait conseillé de conserver tel quel un des plants car le fruit lui semblait intéressant. Le fruit l'était effectivement à tel point que de nombreux greffons furent prélevés sur l’arbre et que l’on donna à cette pomme, célèbre pour son amertume, le nom de la dame.

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