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Quelques variétés de Pommes à cidre de Fouenant
Les informations ci-dessous sont extraites de conversations avec des cidriers traditionnels.
À noter que c'huero se prononce feo, à Fouenant et en Pays Bigouden.


C’huero-ruz-mod-kozh

Variété amère parmi les plus renommées de Fouenant, elle est traditionnellement assemblée avec la c’huero-brizh et à la dous-bloc’hig, mais associée à la troajenn-hir elle donne également de bons cidres. C’huero-ruz-mod-kozh signifie la véritable amère de c’huero (amer), ruz (rouge ou énergique) mod (manière ou mode) et kozh (vieux). Très appréciée, elle doit son nom à son caractère affirmé et régulier d'une année sur l'autre. C’huero ruz veut dire ici qu’elle est plus amère tandis que mod kozh signifie ici véritable (vieille et authentique tradition) et atteste de la qualité de la pomme.

C’huero-ruz Per Lae

Une excellente variété amère au caractère très affirmé dont la réputation cependant est confinée au cercle restreint des producteurs de cidre de Fouenant. C’huero-ruz Per Lae signifie l’amer vigoureux de Pierre Le Lay, de c’huero (amer), ruz (rouge ou énergique), de Per (le prénom Pierre) et Lae (fidèle) qui est un nom de famille (Le Lay) courant en Cornouaille. On peut penser que ce nom est un hommage à une forte personnalité. Per Lae fut en effet maire de Fouenant. Républicain notoire, la mémoire populaire a gardé le souvenir de ses diatribes rageuses contre les bleus et l’habitude de porter, en toutes circonstances, des pantalons rouges.

C’huero-bleiz

La C’huero bleiz est traditionnellement attestée entre Beg Meil et la vallée de l’Odet. Elle donne un jus faible en densité mais apporte une amertume et une astringence qui la font apprécier dans les assemblages. C’huero bleiz signifie amer comme le loup de c’huero (amer) et bleiz  (loup). Elle doit son nom au fait qu’il est très désagréable d’y croquer car elle est amère et astringente. Elle est donc mauvaise comme le loup. Le fruit devient parfois translucide, un défaut dû à une mauvaise assimilation du calcium qui affecte les jeunes plants et qui le rend impropre à toute utilisation. Les anciens attribuaient cette maladie à l’action de la lune et disaient alors que pommes étaient loariet (lunées).

Dous-bloc’hig

Attestée depuis longtemps à Fouenant, c'est une variété douce-amère, bénéficiant d’une grande renommée. Elle apporte de la douceur et de la fraîcheur au cidre. Dous-bloc’hig semble vouloir dire Tout à fait petitement douce, de dous (doux) et de bloc’h (Adv. tout à fait) augmenté du suffixe ig (qui diminue la portée d’un mot ou d’un nom), ce qui correspond exactement à son goût. Toutefois, bloc’hig est un surnom parfois donné parfois aux marins vannetais. Il s’agirait alors de la “douce des marins vannetais” et elle pourrait bien être originaire du Morbihan. À noter qu’il existe à Riec-sur-Belon une variété Dous-Rieg, proche de la Dous-bloc’hig.

Troajenn-hir

Pomme douce, très sucrée et parfumée, elle donne un cidre coloré aux parfums éloquents. Traditionnellement présente à Fouenant et à Bénodet, elle était principalement utilisée pour faire du cidre bouché en assemblage avec la c’huero-ruz-mod-kozh. Troajenn-hir signifie pédoncule long de troadenn, souvent prononcé troajenn, (pédoncule), et hir (long). Elle doit son nom à la longueur de son pédoncule qui est effectivement très long. La Troajenn hir est attestée depuis longtemps en Cornouaille, autant à Fouenant que dans la Vallée de l’Aven.

Beleien

Variété douce et sucrée au jus dense et rouge, elle est très appréciée des cidriers Fouenantais qui la classent parmi les meilleures variétés du cru. Trop douce, elle est utilisée uniquement en assemblage. Beleien signifie prêtres. Il s’agit donc de la pomme des prêtres. Ce nom vient peut-être de la réputation d’amateurs de douceurs attribuée aux curés, mais peut-être est-ce plus simplement des prêtres qui ont découvert la variété car les gens d’église appréciaient le bon cidre qu’ils élaboraient souvent eux-mêmes.

Kroc’hen-ki

Variété douce-amère qui bien que jouissant d’une bonne réputation chez les cidriers de Fouenant, a été décriée par les instances cidricoles en raison de sa sensibilité au feu bactérien. Pour autant, bon nombre de producteurs continuent à la cultiver et se félicitent de ses qualités cidrières. Un vieux paysan de Fouenant disait à son propos, “il y a parfois le feu bactérien et il faut surveiller. Quand ça apparaît, on coupe la branche et on brûle aussitôt, comme font les saozon (anglais), comme ça l’arbre reste bien". Kroc’hen-ki signifie peau de chien de kroc’hen (peau) et ki (chien). Ce nom témoigne de l’analogie, faite par les paysans qui l’ont baptisé, entre la rugosité de sa peau et le pelage des chiens de campagne.

Boutailh-vihan

Variété douce et précoce, ses fruits ont tendance à s’altérer et il faut la traiter rapidement. Elle est implantée de longue date sur le canton de Fouesnant ou elle bénéficie d’une excellente réputation, même si elle s'avère peu parfumée. Boutailh-vihan signifie petite bouteille de boutailh (bouteille) et bihan (petit). Elle doit son nom au fait qu’elle était traditionnellement réservée à la fabrication de cidre bouché. En effet, son jus clarifie très bien, ce qui est une garantie une bonne conservation. C’était important à l’époque car les lourdes bouteilles en grès coûtaient cher et il ne fallait rien gâcher. La Boutailh-vihan est toutefois réputée faire des pompouch, petits résidus de chapeau brun, qui restent en suspension dans le cidre, sans en altérer le goût. À noter que dans les vallées de l’Aven et de la Laïta on appelle ces résidus pompach.

Prat-yod

Variété douce-amère, portée par de grands et beaux arbres, c'est une pomme de la vallée de l’Odet et de Plomelin où elle jouit d’une bonne réputation. Prat-yod signifie littéralement pré de bouillie de prat (pré) et yod (bouillie) et est peut-être un jeu de mot sur le prat yeot, le petit  pré à foin que l'on réservait autrefois aux domestiqes dans les grandes fermes. Ce nom s’explique cependant par le fait que les fruits tombés sur l’herbe se gâtent très rapidement et si rien n’est fait, se transforment en yod-avaloù (marmelade). Au broyage également elles font facilement de la bouillie et il faut les travailler sans délai si l’on veut en faire du cidre.

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