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Cidres de la cote et des rias

“être dans l‘haleine salvatrice de la cave à terre
 battue, oublier le monde. faire grincer la clef
 de buis de la barrique entre pouce et index...
 ...un nectar rouge-cerise coule dans le verre
 arcopal, et l‘on boit un moment de grâce, de ce
 goût amertumé de Cornouaille. s‘il a du bouquet,
 a-t il du corps, de la robe ? on savoure alors
 toute la plénitude d‘une moisson achevée”

Dans son livre, Le rivage du cidre,
paru en 2002, Louis Bertholom nous donne un témoignage exceptionnel de la vitalité de la tradition cidricole dans la campagne cornouaillaise dont le verger s’étend sur plus de quatre cent hectares et produit douze mille tonnes de fruits. Sa capacité est évaluée à sept mille huit cent hectolitres dont près du quart est classé en appellation contrôlée. Il s’étend sur le territoire de la Cornouaille historique où sont reconnues quatre zones principales.

Le Pays de Fouenant, le Pays Bigouden, les Vallées de l’Aven et du Belon et la vallée de l'aulne produisent des cidres caractérisés par une couleur et un juste équilibre des saveurs où pointe une belle et douce amertume. Chaque terroir présente cependant une vraie originalité apportée autant par les variétés locales de pommes que par le savoir faire des cidriers.

Le cidre de Fouenant doit sa notoriété au barde Frédéric Le Guyader et aux produits fameux de ses anciennes cidreries. Le cœur de ce terroir est le duo des communes de Fouenant et de La Foret Fouenant dont l'influence s’étend sur une zone assez vaste où les productions sont nombreuses et d'excellente qualité. Ce terroir englobe tout le canton de Fouenant et mord sur la vallée de l’Odet et le pays de Quimper.

Le cidre de Fouenant se distingue par sa texture et sa force. Cela tient aux variétés locales bien adaptées à leur environnement, et au sol qui produit des pommes de grande qualité. Une vieille légende prétend que c’est à mi-chemin de Fouenant et de La Forêt que l’on trouve ce mythique meilleur cidre du monde, mais d’autres secteurs font aujourd’hui des merveilles. Les Fouenantais ont consevé une excellente culture du cidre et entretiennent précieusement dans leur relation un petit producteur où ils sont persuadés de trouver le meilleur cidre qui soit.
 
Le cidre du Pays Bigouden est le reflet d’un pays rude, où la vie est partagée entre l’appel du large et la quiétude de la campagne. La mémoire des anciens rappelle avec chaleur que toutes les fermes élaboraient du cidre et que les marins, réputés pour leur bravoure à la mer, embarquaient un fût à chaque appareillage. Le verger est planté de variétés communes à toute la Cornouaille et de quelques excellentes variétés locales.

Le terroir centré sur Pouldreuzic et Plovan, compte les deux plus importantes cidreries cornouaillaises. Le cidre bigouden, comme tous les cidres cornouaillais, présente un bel équilibre et les quantités produites témoignent de la demande qu’il a suscitée.

Les cidres des vallées de l’Aven et de la Laïta s’appuient sur une tradition affirmée. Quimperlé, très réputé et a fait très tôt l'objet de recherches qui ont permis d’y sélectionner des variétés implantées depuis sur de nombreux autres vergers. À l'époque où l'activité cidricole utilisait le chemin de fer, le verger pouvait produire jusqu'à mille sept cent wagons de pommes en une seule campagne. Ces pommes étaient expédiées vers les cidreries du pays de Rennes ou de Normandie.

Le village de Clohars-Carnoët, à l’est du Belon, est réputé pour être le pays de la kermerrien, une des variétés les plus plantées du verger breton. Les cidres des vallées de l’Aven et de la Laïta présentent le bel équilibre caractéristique des cidres cornouaillais. le village de Rédéné, entre cornouaille et Pays de Lorient, est le berceau du Royal Guillevic, un cidre doux acidulé, très pâle, élaboré avec la seule variété
Guillevic et qui fait merveille pour le cocktail et l'apéritif..

Le verger de la Vallée de l'Aulne était autrefois très étendu et a connu une importante activité pendant la deuxième guerre mondiale car elle approvisionnait Brest de l’autre coté de la rade. Les caboteurs qui remontaient l'Aulne s’arrêtaient devant les fermes au bord du rivage, pour y charger du cidre. Les histoires de marins ou de fûts tombés à l’eau lors des chargements ne manquent pas et participent à la légende du cidre local.

L’abbaye de Landevenec, qui était avec les villes de Carhaix et de Quimper l’un des trois piliers de la Cornouaille des origines fut, au XVe siècle, parmi les pionniers de la sélection variétale et produisait du cidre jusqu'à une époque récente.

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